Lecture critique de l’exposition de l’artiste Ryslein SakouniDans l’écrin de Villa Houda, à Mohammedia, et en présence de l’artiste Ryslein Sakouni, cet espace a accueilli une exposition exceptionnelle qui repense le rapport entre le travail manuel et la pensée, entre le fil de laine et les labyrinthes de l’inconscient. Les œuvres présentées n’étaient pas de simples tissages : elles constituaient des manifestes visuels affirmant, sans le proclamer, leur appartenance profonde à l’esprit surréaliste.Sakouni puise à la source du mouvement surréaliste fondé par André Breton en 1924, ce courant qui hissa l’inconscient au rang de vérité et fit du rêve une porte vers l’essentiel. Mais l’artiste n’imite pas, elle traduit, elle convertit la logique de Dalí et Magritte en langage de laine et de tufting, engendrant un surréalisme pétri de lieu, de corps et de mémoire.Celui qui déambule dans l’exposition comprend aussitôt qu’une icône dominante se répète en variations infinies : l’œil. Non pas l’œil anatomique, mais l’œil comme conscience universelle, témoin de ce qui échappe au regard. Autour de lui s’entrelacent symboles de la nature, mythes et héritages visuels de l’humanité, dans des rapprochements saisissants qui ébranlent les certitudes et ouvrent grand les portes de l’interprétation.Ce qui confère à cette exposition son énergie singulière, c’est l’insistance de l’artiste à faire de la matière un partenaire du sens, et non un simple réceptacle. Les fils pendants, les variations de texture, les tensions de couleur, tout cela œuvre de concert pour tisser un texte visuel à lectures multiples, qui invite le visiteur à s’attarder et à interroger.Ryslein Sakouni a démontré à Villa Houda que le surréalisme n’est pas un passé révolu, mais une disposition vivante qui habite toute matière qu’effleure une main qui rêve et un esprit qui questionne. Et Villa Houda a prouvé, à son tour, qu’elle est un espace à la hauteur de cette audace esthétique.
Quand les fils rêvent : l’œil cosmique dans l’espace de Villa Houda


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